28 août 2007
Lolita
Je suis en train de me délecter du roman de Vladimir Nabokov Lolita. Le problème c'est qu'il devient malaisé d'apprécier l'esthétique de ce livre lorsque le contenu en est aussi malsain (presque tacitement).
Il s'agit d'une histoire de pédophilie. On se place sous le point de vue d'un homme d'une quarantaine d'années qui a des vices cachés et des attraits pervers pour les filles de "Neuf à quatorze ans".
La trame du roman est palliative jusqu'au moment où le narrateur se rend compte qu'il ne peut pas annihiler ses penchants.
Le personnage nous introduit dans son univers en nous arborant sans pudeur ses préférences en matière de "petites filles". Il aime à les appeler des "Nymphettes" au sens démoniaque du terme.
Notre héros est capricieux et sélectif: parmi les fillettes qu'il lorgne dans les parcs, il retient son attention sur une élite seulement, qui selon lui, constitue la minorité : "L'hypersécrétion de cette substance huileuse appelée sébum qui nourrit le follicule des poils de la peau provoque une irritation qui peut provoquer des infections. Mais les nymphettes n'ont pas d'acné même si elles se gorgent de nourriture trop riche. Seigneur, quel supplice, ce chatoiement soyeux au-dessus de sa tempe qui se mue imperceptiblement en cheveux bruns éclatants. Et le petit os qui palpite sur le côté de sa cheville constellée de grains de poussière."
Il commente ses goûts en nous expliquant qu'il faut, parmi les petites filles de neuf à quatorze ans, repérer celle qui s'apparente le plus à un diablotin, celle qui ne sera pas forcément considérée comme la plus jolie, mais comme la plus malicieuse. Il exècre les fillettes propres et soignées exposant leurs petites nattes soutenues par des rubans de couleurs assorties, et qui ont en plus un petit ventre rebondi. Il apprécie les petits démons, presque rachitiques, qui découvrent leur puberté et aiment à se jouer des hommes qui les désirent sans vraiment en avoir conscience étant donné leur petit âge.
Le problème est qu'en tant que pédophile, il abhorre également les femmes.
Donc, comme je le disais précédemment, le narrateur fait une entrée en la matière en exposant ses tentations malsaines.
Il essaie ensuite de se stabiliser, craignant pour sa réputation à ne fréquenter que des prostituées en bas âge, il décide de se marier, cherchant également par là, un moyen licite de sublimer ses pulsions. C'est là que tout dérape.
Bref, je ne veux pas m'étaler davantage sur l'histoire, seulement ce petit roman de 1955 qui a fait scandale, est une perle en la matière. On est bien loin des 120 jours de Sodome de Sade, qui pourtant à l'époque a été censuré au même titre que Lolita.
L'écriture est fine, magnifique, comme il est connu qu'elle sied si bien aux auteurs russes.
Ce livre a fait, et peut encore faire, objet de polémique, seulement il mérite d'être connu. Le plus choquant et le plus difficile à admettre sûrement pour les gens, est qu'il est facile de se fondre dans les pensées du personnages, qu'il n'en est pas forcément inhumain parce qu'il reste compréhensible, et, surtout, on ne parle pas du pédophile trivial d'aujourd'hui qui fait la une des journeaux télévisés. Rien à voir.
Les lignes, les mots, les sentiments et l'esthétique se confondent.
A lire de toute urgence.
"Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita."
Commentaires
"La seule histoire d'amour convaincante de notre siècle", dit Vanity Fair sur ta photo. Pour l'histoire d'un pédophile qui s'excite sur une gamine de 12 ans, quel que soit le style, c'est plutôt curieux.
(je ne juge pas le livre que je n'ai pas lu, mais je me demande parfois ce qui passe par la tête des journalistes)
Lol zut, j'avais pas vu ce qui était écrit en petit. Oui moi non plus je comprends pas ce qui se passer dans leur tête pour dire ça !
Ben en fait, finalement, après réflexion, ça n'a rien de choquant qu'on place l'histoire sous le regard de l'histoire d'amour. Ca peut être vu comme ça, vraiment. Les deux personnages s'attachent. Mais je suis pas tellement d'accord parce qu'elle éprouve au début pour lui un beguin d'ado car il ressemble à un acteur qu'elle adore. Quant à lui, c'est un malade mental. leur histoire est malsaine et je pense qu'elle se laisse manipuler et ça la tue complètement à petit feu, mais elle l'a aimé, d'une certaine façon, d'un amour de gamine qui ne devait pas se concrétiser. Elle 'la aussi aimé comme un père qu'elle n'a pas eu, tout en se rendant bien compte qu'un père n'entretient des relations pareilles avec sa fille, mais elle est trop jeune pour tout comprendre.
Bref je m'embrouille.
Ta description donne terriblement envie de le lire. C'est bien de ce roman que le film de Kubrik est une adaptation ? Car il est superbe ce film ! ça tombe bien j'ai rien à me mettre sous la dent en ce moment en plus, à part encore un roman d'héroic fantasy, je sais, ça craint, mais c'est mon vice caché, lol.
Oui mais il retranscrit mal le livre, il faut voir le plus récent avec Jérémy Irons. Vraiment.
Oui j'ai vu le plus récent aussi, j'ai également aimé, c'est vrai que sur le strict plan de la mise en scène on a rien à envier à Kubrik quand même mais bon...lol.
En plus j'adore cet acteur, Jérémy Irons ! Il m'avait beaucoup troublée ce film car l'acteur a vraiment un air doux, pas du tout le genre détraqué qui aime les gamines tu vois, t'as limite envie de taper la goss qui se fout de lui ! C'est malsain t'as raison !
Ben ouais mais c'est en ça que c'est pas un pédophile comme on en voit à la télé, il a des sentiments pour elle et à aucun moment il lui fait l'amour sans son consentement.
Je suis fan. Un grand livre. Ou une phrase sur deux est soulignée. Des phrases superbes.
Ce qui me chiffonne, c'est que tu commences à parler du bouquin en disant : "Il s'agit d'une histoire de pédophilie.", j'aurai préféré "il s'agit d'une histoire d'amour". Car c'est avant tout cela.
Sinon, un lolita light pour plage "Au secours Pardon" de F. Beigbeder, qui traite grosso merdo la même histoire, avec moins de talent, c'est évident.
"Oups!", je n'avais pas vu la conversation-commentaire entre Halv et Faustine. Du coup, ma remarque tombe un peu à l'eau. C'est balo.
Un excellent livre, que j'ai adoré, mais curieusement pas terminé. Je sais pas pourquoi, je me suis arrêtée vers la fin, alors que ça me plaisait vachement.
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