28 août 2007
Mort d'un silence
Comme je dévore des livres en ce moment et que ma frénésie n'a pas encore été stoppée, j'ai
aussi lu en une demi-journée, d'une traite, Mort d'un silence de Clémence Boulouque.
Je ne connaissais rien de cet auteur, avant d'effectuer des recherches approfondies tellement son histoire m'a sidérée. Je suis fascinée et facilement touchée par certaines histoires de ce type, si bien qu'une fois le livre terminé, j'y pense encore des jours et des jours durant.
Elle a aujourd'hui trente et un ans (à peu près) et travaille comme journaliste au Figaro et est aussi présentatrice radio sur France Inter.
Son livre est autobiographique, elle raconte son enfance auprès de son père qui était magistrat et qui s'est suicidé le treize décembre, lorsqu'elle n'avait que treize ans.
Fille d'un juge anti-terroriste, je vous retranscris ses propres mots qui vous poignent dès le début du roman : "Je suis la fille du juge Boulouque, du terrorisme, des années quatre-vingt, des attentats parisiens. Et je suis orpheline de tout cela.
Personne ne se souvient de mon père et la vague d'attentats des années quatre-vingt à Paris se confond avec celles qui ont suivi. Je suis la petite fille qui a connu les menaces de mort et les gardes du corps autour de sa dixième année, les campagnes de presse, les phrases assassines.
J'avais treize ans lorsque mon père a tiré, le 13 décembre 1990. Tiré sur lui, cette nuit-là. Et sur nos vies."
On vit l'histoire sous l'oeil d'une petite fille de neuf ans jusqu'à ses treize ans. On ne comprend pas bien la pression qui entoure son père mais on la ressent.
On comprend qu'il se fait happer par les médias et par les politiques (je fais en particulier référence à un dialogue entre Mitterand et Chirac sur l'affaire du terroriste iranien M.Gordji dont le sort dépendait du juge Boulouque).
Ce que l'on peut déceler, c'est que la famille vit dans la crainte quotidienne d'être tuée, celle-ci est protégée et escortée par des gardes du corps.
Clémence a perdu le sommeil et a peur qu'on vienne l'égorger en pleine nuit. Elle ne dort qu'aux aurores, quand la maisonnée s'éveille. Elle est fortement atteinte par la peur sans vraiment comprendre ce qui se passe.
On comprend que la décision du juge Boulouque de déclarer Gordji non coupable est fortement contestée par la foule et les médias, qu'il subit une pression et une déconsidération quotidienne par son entourage, qu'il pense qu'il est un fardeau pour sa famille, qu'il s'en éloigne tant il est préoccupé par ses affaires.
L'on voit sa décrépitude physique et mentale à travers les yeux d'une enfant qui n'a pas les moyens et qui n'a pas toutes les cartes en main pour saisir l'empleur du désastre et la solitude qui entourent son père, mais qui est suffisamment intelligente pour comprendre qu'il est menacé et qu'il sombre dans la dépression.
Là non plus, je ne m'étalerai pas, encore une fois c'est à lire. Le style du roman est simple et presque télégraphique mais on s'y attache et cela sied avec le geste brutal et mortel qui est au centre de ce livre.
"Mon père a eu le destin de tous ceux qui font l'actualité mais ne marquent pas l'histoire, une existence brève puis soufflée."
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