Nina in the zone

"Nous sommes attirés par toute vie qui nous représente quelque chose d'inconnu, par une dernière illusion à détruire." (Marcel Proust)

30 septembre 2007

Une vie en retrait

Comme à chaque fois que je suis au bord d'un précipice grandissant ou que je sens la noyade et mon esprit si nébulleux s'emparer de moi, pour ne pas couler, je relis Proust.958558998
Sincèrement, je ne sais vraiment pas comment je ferais, possédant une personnalité comme la mienne pour supporter ma vie et mes états d'esprits si Proust n'avait pas existé ou n'avait pas possédé une psychologie proche de la mienne.

J'éprouve le besoin d'en parler ici, parce qu'il faut savoir qu'il a mené une existence difficile, c'était un enfant de la maladie seulement car il était torturé: sa maladie était purement psychologique, la cause en était des maux d'esprit trop grands. Ses chimères, ses sentiments, sa vie ressemblent à la mienne et m'aident à avancer.
Il est capital de savoir qu'il souffrait d'asthme, sa première crise dâte d'une belle journée de printemps, alors qu'il rentrait d'une promenade au bois de Boulogne. Ce drame d'enfance sera la chance de l'homme mûr: en s'enfermant avec sa maladie, il créera le milieu idéal à l'épanouissement d'une personnalité hors du commun.
"En me faisant comme un rude directeur de conscience, mourir au monde [la maladie] m'avait rendu service."
Cet asthme, allergique et psychologique, l'empêche de sortir à certains moments (en été, pendant les foins; en hiver, les jours de brouillard), mais lui fournit aussi un prétexte pour se retirer de la société, ne voir que ceux qu'il a envie de recevoir, rester des jours entiers dans son lit, à écrire.

Tout le menace: il vit retiré de la vie, dans une chambre glaciale, à la mauvaise saison, pour ne pas risquer de sentir l'odeur d'un feu de bois. Parfois, la vue d'une photographie de fleur suffit à déclencher une attaque ! Le souvenir du parfum, autant que le parfum, est vénéneux. C'est dans cette mémoire si puissante, si présente à son corps et à son esprit, que Proust pourra ancrer son oeuvre.
Fils de médecin, frère de médecin, Proust finira par faire de la maladie son "violon d'Ingres". Il donnera des consultations à ses amis, se soignera lui-même, se prescrira toutes sortes de médicaments plus ou moins dangereux, toujours curieux, dans ce domaine comme dans tant d'autres, de tenter des expériences qui pourraient être utiles à son oeuvre.
Les personnages de médecins et de malades sont nombreux dans la Recherche. Les métaphores médicales, innombrables, comparent l'amour et la jalousie à des maladies, l'oubli à une guérison. Enfin, l'un des titres auxquels songeait Proust pour son roman est le nom d'une déficience cardiaque: les "
intermittences du coeur".
L'on peut remarquer d'ailleurs que le style de Proust est bien celui d'un asthmatique: de longues phrases que l'on étouffe à vouloir lire d'une traite, sans reprendre sa respiration. Le simple bon sens prouve qu'il n'en est rien: pendant la crise, l'asthmatique se tait, n'ayant pas la force de parler. Et c'est peut-être, aussi, pourquoi Proust a tant écrit.

(Mon papa est à Cabourg, ville que Proust a occupé, il va me ramener des photos, je donnerai tout pour pouvoir y aller et méditer des heures.)

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02 septembre 2007

Le bovarysme de Faustine

Le bovarysme : Il faut savoir que Madame Bovary est au service de l'être imaginaire qu'elle a substitué à elle-même, elle emploie toute l'ardeur qui la possède. Pour se persuader qu'elle est ce qu'elle veut être, elle ne s'en tient pas à "des gestes décoratifs" mais elle ose accomplir des actes véritables. Or elle entreprend sur le réel avec des moyens qui ne sont valables qu'à l'égard de la fiction. La conception sentimentale qu'elle s'est formée d'elle-même exige une sensibilité différente de celle qui est la sienne, en même temps que des circonstances différentes de celles dont elle dépend.
Cette faculté est "le pouvoir départi à l'homme de se concevoir autre qu'il n'est ". Donc avec elle, l'erreur sur la personne devient un élément de drame.

Continue d'avancer ma Faustine. Délecte-toi des inepties des gens, écoute-les déblatérer leurs petites théories sur le sens de la vie, avance, contente-toi et satisfais-toi des parfums ambiants propres à l'été : grillade, herbe mouillée, odeur ennivrante des fleurs.
Tu dois t'estimer heureuse et continuer ta route avec ça, juste ça. Dans un monde où tu vis en otarcie et où les gens qui y défilent sont tous sans profondeur, toi, tu dois avancer.
Ne plus penser à lui, lui qui s'en fout et toi qui finalement t'en fous également plus que tu ne le penses. Une petite vie calme et sans remous, une petite vie calme à l'abris de lui. Un soupir de soulagement avec un sourire dostoïevsken en coin, ouf, tu respires enfin.
Elle est paisible ta vie, de quoi te plains-tu ? Mise à part cette petite victoire personnelle, c'est sympathique de vivre en province, de rencontrer des gens sans dimension qui te soûlent de paroles et qui n'écoutent pas ce que tu dis parce qu' ils attendent juste leur tour pour parler. Le petit train-train de ta vie fait penser à un poison insidieux que tu avalerais gorgée par gorgée... Tchou tchou ! Tchou tchou !

Mais bon, sois heureuse, va vers ta mort en suivant le cours tranquille des choses.
Et quelle concupiscence chez ma Faustine, petite fille souillée ; bien sûr, personne ne sera plus aujourd'hui capable de te placer sur un tel piédestal, personne ne sera plus jamais fasciné par tout ce que tu peux dire (aussi inepte que cela puisse être), personne ne t'exhibera comme un trophée. Une minute. Un trophée ? Tu veux être réduite à un trophée petite pouffiasse ?! Ah bon soit. C'est certain, cela prouve à quel point la personne est fière de se promener avec toi. Tu ne retrouveras cela chez aucun garçon petite merdeuse. Un egocentrique sur le plan sentimental doublé  d'un moutonnier à l'instinct grégaire qui aime à t'exposer et qui te répète à tout va "Ohlala c'est incroyable ce que tu es brillante, j'adore, j'adore quand tu t'exprimes en public, j'ai envie de te sauter dessus". Mouais. Qu'est-ce que c'est guimauve. Facétieux certes, mais guimauve. Où est la gloire que tu retirais de tout cela ? Quel intérêt, quel mérite de fasciner quelqu'un de candide, au commencement de sa vie sentimentale ? Des mecs machos il n'y en a pas beaucoup ça c'est sûr. Je comprends ton chagrin d'avoir perdu une personne si rare ! Pourquoi mettre ta vie sur pause alors ? Pourquoi ressasser toujours les mêmes choses lorsque la personne t'a fait autant de mal ? Car cette personne qui était subjuguée par toi, elle t'a humiliée, elle t'a fait mal, peut-être même ne te respectait-elle pas, petite conne.
Et toi petite nigaude, hein, et toi ? Qu'est-ce que tu fais toi ? Tu ne trouves rien de mieux à faire qu'à pleurer son absence, petite veuve éplorée. As-tu vraiment perdu quelque chose ? Je ne pense pas, réfléchis bien. Mais si ça t'amuse, remâche, radote, rumine et regrette un être tout a fait fastidieux. Ne deviendrait-il pas éculé le petit Doudou, usé et surtout, factice ?

Posté par Ninaverse à 13:57 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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