Nina in the zone

"Nous sommes attirés par toute vie qui nous représente quelque chose d'inconnu, par une dernière illusion à détruire." (Marcel Proust)

01 janvier 2008

L'amour proustien (Je republie cet article que j'avais écrit car il est d'actualité. Proust, mon maître absolu.)

L'amour proustien s'apparente presque exclusivement à l'amour passionnel, et celui-ci s'exprime d'abord dans la jalousie. Entre les tortures et les chagrins qu'elle éveille, elle est le véritable but de l'amour, la preuve qu'il se donne à lui-même de son existence.
Comme Othello de Shakespeare, le narrateur, jaloux, se saisit du moindre indice: une bague, un mot entendu, un regard, pour échafauder un conte qui avive son malheur.
Mais, dit Proust "c'est étonnant comme la jalousie, qui passe son temps à faire des petites suppositions dans le faux, a peu d'imagination quand il s'agit de découvrir le vrai.".

Car c'est l'explication de cette maladie qu'est la jalousie, et ce qui explique qu'elle ait autant intéressé Proust: elle est une recherche passionnée de la vérité.
Le cycle d'Albertine est le récit d'une longue et minutieuse enquête: le narrateur n'interroge pas seulement ses souvenirs, mais, comme un détective, les documents, les empreintes, les témoins (ceux qui ont connu Albertine, ses amies de la "petite bande"). Il va jusqu'à charger quelqu'un de recueillir des renseignements sur elle.
Rien n'y fait. La jalousie paraît la damnation qu'a lancée Dieu à l'homme avide de goûter au fruit de la connaissance.
Que pouvons-nous connaître d'autrui, de ses sentiments, de ses actions, de son passé ? Dans cette folle poursuite, que Proust présente comme la fatalité de tout amour, seuls triomphent le doute et l'oubli.
Le pessimisme de Proust veut en effet qu'on ne puisse jamais savoir la vérité sur ceux qu'on aime, et que la passion ne soit jamais vaincue par la raison, mais par le temps.

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