23 janvier 2008
La reine du Moi-moi-moi
Ma vie ces temps-ci me fait penser à un champs de maïs génétiquement modifié auquel on aurait foutu le feu.
Dites, vous avez remarqué vous aussi que pratiquement tous mes articles commencent par "Mon, ma, je", il n'y a rien de plus narcissique qu'un blog. Si vous saviez ce que l'on apprend en psychologie sur le narcissism
e, croyez-moi on a beaucoup plus confiance en nous que ce que l'on croit. Y a un truc aussi, c'est ma façon d'étaler mes petites misères de façon si... "Esthétique" : "Il n'y a guère que le sadisme qui donne un fondement dans la vie à l'esthétique du mélodrame" (Proust). Bon sang ce que je suis sadique, bon sang ce que je suis narcissique.
Pardonnez cette petite paranthèse. J'étais en train de vous dire que lorsqu'un pan de votre vie s'effondre, obligatoirement, un autre pan de votre vie va s'empresser de faire de même.
Il devenait déjà difficile de vivre avec l'idée accaparente que j'allais planter cinq examens sur huit, réussissant à sauver les meubles sur les trois examens restant en ayant pas plus que la moyenne... Enfin bref.
C'est très pesant, cela me poursuit jusque dans mes rêves, ça donne à peu près ça : "Coucou je suis une communication neuronale et tu ne comprends rien à mon fonctionnement ! Sans parler de ma copine l'adénohypophyse (si tant est que ça s'écrive comme ça) et toutes mes autres amies dont le nom est trop compliqué pour que tu t'en souviennes !".
C'est donc cet aspect de ma vie qui en ce moment est en oscillation perpétuelle, en branle.
J'avais à côté réussi à jouïr des charmes de la vie végétative, je m'y plaisais vraiment. Je survivais en me levant le matin, en révisant une bonne partie de la journée et en ayant pour seule motivation la quête d'un Donuts au chocolat interdit. C'est fascinant la vie végétative, vous vous retrouvez avec pour seul but, pour seul plaisir, l'appropriation d'un beignet. Ca me convenait parfaitement !
Sauf que l'enfer c'est les autres. Jean-Paul Sartre avait raison. Je vous parle pas de l'histoire où l'Autre est l'intermédiaire entre moi et moi-même, non, non. Voyez plutôt :
Hier soir j'étais emplie d'une fierté et d'une joie débordante (c'est fou ce que les sentiments les plus simples sont denses et amples lorsqu'on reste à un niveau de vie superficiel) parce que je venais de recoudre toute seule mon compagnon de nuit, vous savez, le transitionnel (transition qui perdure) Doudou. Il était déconfit, râpé et en perdait toute sa mousse. En même temps il doit bien avoir 18 ans. C'est un peu le réceptacle de ce que je suis avec mes 20 années, sauf que lui, son éraillement ne peut transparaître que physiquement. Moi, c'est intérieur, mais je suis tout autant en lambeaux et érodée que lui.
J'avais ensuite regardé un film assez divertissant à la télé, puis j'avais embarqué avec moi un gros paquet de Palmitos au chocolat à déguster devant l'ordinateur.
Oui mais voilà, les gens, pour se sentir vivre ont besoin de se nourrir de votre malheur. Si vous vous remettez plus tôt que prévu, ça leur pose un sérieux problème parce que ça veut dire qu'ils ne pourront plus discuter avec vous et jubiler de votre peine en se disant qu'ils sont mieux lotis que vous.
Satine, mes Palmitos et moi menions jusqu'à cet instant une vie rangée qui avait retrouvé un certain équilibre (fragile, certes), sauf que je n'avais pas le droit de retrouver la paix aussi vite. Il faut que je serve à justifier l'existence des autres.
Tiens d'ailleurs, laissez-moi vous dire que si je me remets aussi bien de toutes les peines de coeur à venir, j'en suis ravie. Je pense d'ailleurs qu'on ne connait la souffrance qu'une seule fois, la première fois. Je ne dis pas qu'après on ne souffre plus mais ayant perdu ce que j'avais perdu quand Marc m'a quitté, je crois qu'il était évident que je ne ressentirai plus une telle perte avec pour support une douleur béante une seconde fois. C'est incomparable. Personne n'aura l'importance qu'il avait et quelque part tant mieux, parce que mettre autant de temps pour guérir, je préfère ne pas avoir à le vivre tous les jours. Mais de toute façon je crois l'avoir déjà dit, ma relation avec mon ex était tellement artificielle que je ne suis même pas sûre d'avoir ressenti un amour transcendant. Ceci justifie donc peut-être cela.
Bref, pour reprendre ce que je disais tout à l'heure, un visiteur quidam qui se foutait totalement du mal qu'il pouvait me faire, saccageant tout sur son passage, est venu m'alerter hier soir (sur internet) en toute bonté de coeur, pensant sûrement, dans un élan de générosité, me rendre service, que ma foi, mon ex petit ami m'avait manipulé du début à la fin et ne m'avait jamais aimé.
Vous comprenez, lui, il a un cousin qui connaît très bien mon ex et quand on lui a dit qu'il sortait avec moi, cette personne a bien ri et dit un truc du style "Encore une qui va se faire jeter et qui va y croire jusqu'au bout !". D'ailleurs apparemment, si j'en crois les dires de mon visiteur, mon ex était un sombre calculateur qui prévoyait déjà ses infidélités à mon égard.
Donc là, me fichant du chocolat sur mes doigts et de la saleté que j'allais déverser (Oui je mangeais mes palmitos) je me suis raccrochée à n'importe quoi, en tapant sur mon clavier les premières choses qui me venaient à l'esprit, pour contrer ses attaques. Sauf que la panique me rendait peu crédible.
Forcément j'ai dû sortir ma petite astuce en lui rétorquant : "Je t'interdis de le juger de la sorte !". C'est toujours très fort et impressionnant le "Je t'interdis" en début de phrase. Ca intimide, c'est ce que je dis pour montrer que je suis confiante, sûre de moi, pas du tout décontenancée alors qu'en réalité, je suis tout l'inverse.
Evidemment, torrent de larmes, explosions, lamentations. Voulant me protéger comme je le pouvais, j'ai tout simplement quitté la conversation (piètre auto-protection, je vous l'accorde). Putain, je voulais juste manger mes biscuits et jouer à deux trois jeux débiles en réseau ! Mais non ! Un connard est venu m'exposer ses théories et m'a mise sens dessus dessous (up side down). S'en est ensuit un mélange entropique qui a intensifié ma peine, je me suis rappelée qu'aucun de mes frères ne vit plus à la maison, que la première fois que j'ai fait l'amour j'avais 17 ans et que j'ai pleuré juste après, que mon premier 1/20 en maths (un point pour l'encre) date de la 1ère L, qu'à mon premier exposé de latin sur Néron j'avais eu 18, que la musique du film "Ensemble c'est tout" me fait penser à Yannick, que la première fois que j'ai eu Satine c'était en Mars 2006, que la première fois qu'on m'a dit que je ressemblais à Buffy c'était en 4ème, que la première fois qu'on a voulu me tuer c'était aussi en 4ème, que je jouais à Alerte à Malibu avec Marine dans ma piscine de Mazan, que Joseph a été l'objet d'un délire platonnique pendant un an, que la première fois que j'ai parlé Philippe j'ai su que c'était mon jumeau, que lorsque j'ai voulu jeter à l'eau mon meilleur ami, en 3ème, il s'est écrié "Je suis clostrophobe !!!"...
J'ai voulu me tourner vers quelqu'un, j'ai passé tout le monde en revue et je n'ai trouvé personne, parce que vous comprenez les gens sont tellement géniaux et empathiques que lorsque vous les appelez pour leur exposer ce genre de situation, si c'est un mec il vous répondra : "Ohlala mais tu l'as pas oublié ? Faut passer à autre chose !" vous vous faites limite engueuler et vous vous rendez compte qu'il a tout sauf bien cerné le problème. Si c'est une fille : "Oh mais nooon, le crois pas !". Chouette me voilà consolée.
Donc, je me suis blottie sous la couette, avec mon seul ami, mon doudou, et j'ai pleuré jusqu'à ce que mon cerveau et mon corps soient apaisés par la sécrétion d'endorphine et jusqu'à ce que je retrouve mes esprits. Oui parce que, si c'est vrai ce que l'on m'a dit, alors là, châpeau ! Mon ex a la palme du menteur professionnel. J'ai réalisé que je savais déjà qu'on m'avait raconté n'importe quoi et que les Liaisons Dangereuses restent une fiction.
J'ai réalisé une chose plus importante encore. Ce qui fait vraiment mal c'est l'idée intolérable qu'on ait pu ne rien représenter pour quelqu'un. Nous sommes narcissiques comme je le disais plus haut, psychanalitiquement parlant. L'amour propre fait très mal lorsqu'on se dit que peut-être on a été trahi, ou qu'on a été insignifiant pour quelqu'un. Cette vérité là est inacceptable, mais c'est celle qui s'impose comme authentique lorsqu'on a en fait tiré un trait sur la personne depuis longtemps.
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