Nina in the zone

"Nous sommes attirés par toute vie qui nous représente quelque chose d'inconnu, par une dernière illusion à détruire." (Marcel Proust)

13 avril 2008

Faust's state of mind : http://www.youtube.com/watch?v=SUEJh_KMrCo

Ambiance du moment. Encore une référence que certains jugeront futile, qu'importe, ceux-là ne me connaissent pas.
Envie de parler du passé, envie de parler de moi, du rassemblement de petits moments absurdes, spirituels, inexpliqScan0038ués, troublants et doux à la fois qui m'arrivent.
Il m'est impossible d'évoquer son absence sans ressentir une boule douloureuse et prenante dans la gorge. Il m'est inévitable d'en parler sans ponctuer mes phrases de trémolos. Il fait partie de moi, de mon histoire, de ce que je suis, de ce que je deviendrai peut-être. Il se trouve dans un lieu sûr inattaquable. C'est secret, sacré, inatteignable. En moi il continue de vivre.

Il y a longtemps, lorsque l'on vivait encore à Mazan, j'ai fait l'expérience d'une scène étrange. Quelques secondes avant que le réveil sonne, je me tenais les yeux ouverts et j'ai vu quelqu'un assis à côté de mon oreiller. Lorsqu'il s'est rendu compte que j'étais éveillée, il a tourné doucement la tête, fixant le sol avec une expression de mélancolie et d'apaisement sur son visage. Il s'est levé et s'est dirigé à l'autre bout de ma chambre. A cet instant précis, mon réveil a sonné. Surprise, je me suis retournée ébahie vers ma table de nuit et j'ai coupé la sonnerie. Un regard vers la porte, il n'était plus là. Il était parti lui et son chapeau. Papi chapeau, c'est comme ça que Géraldine l'appelait.
J'aurais dû être pétrifiée connaissant ma nature, j'étais pourtant emplie d'un sentiment de paix et de sérénité. Tant de bienveillance. Par quelle aberration m'aurait-il voulu du mal ?
Il m'a donné l'impression d'avoir accompli son devoir. Il avait veillé sur moi, sur mon sommeil toute la nuit et s'en est allé lorsqu'il eut été assuré que tout allait bien maintenant, que tout irait bien pour moi. Hallucinations ? Interprétations ? Production délirante de mon inconscient ou évènement issu d'une réalité qui nous dépasse ? J'aime à penser que c'est quelque chose d'autre que du délire névrotique post-deuil.

Depuis qu'il est parti, chaque année je rêve de lui vers le mois de Novembre. En général il est près de moi et le silence domine. Une autre fois il me serre dans ses bras au milieu de toute la famille organisée en deux rangées qui nous entourent de chaque côté. Ils applaudissent.
J'ai compris alors qu'il constituait une sorte d'ange gardien.
Il y a bientôt deux ans maintenant, je devais rendre visite à une amie de ma mère à la clinique de Carpentras.
Cette clinique était celle où mon grand-père avait vécu ses derniers instants. Devant les bâtiments imposants malgré la petitesse de la clinique, même boule dans la gorge qui me serre, pensées confuses, oppression, larmes. Je revoyais distinctement les fauteuils orange citrouille de la salle d'attente, le visage en larmes et tétanisé de ma cousine, l'accumulation de la fatigue, les cheveux emmêlés, les traits fatigués et stressés, tout le chagrin et le concept de l'absurdité de la vie à intégrer.
Car la mort est ingrate et indécente. Elle suscite l'indignation chez moi, elle ne peut pas être le seul destin commun et irrévocable de tous les êtres humains.

Cela fait un an que je ne rêve plus du tout de lui. Cela devrait être normal et plutôt rassurant. Pour moi c'est inquiétant. J'ignore ce que cela veut dire. Mon prof de psycho, s'il lisait ça, m'internerait sans doute d'office. Peu importe. Ce sont des pensées d'une autre sorte.

Posté par Ninaverse à 00:27 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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